Le décolletage suisse au beau fixe

A l’occasion des Journées de la presse du décolletage suisse qui se sont déroulées les 27 et 28 juin à Bienne, Dominique Lauener, président de l’AFDT (Association des fabricants de décolletages et de taillages) a fait le point sur la situation du décolletage en Suisse.


CHIFFRES CLES

Nombre d’entreprises de décolletage en Suisse : 210, dont 150 en Suisse romande.
Exportation : environ 60% du CA
Marchés mondiaux : Europe et Amérique Nord/ Sud
• automobile • aérospatiale  • aéronautique et défense  • médical • connectique  • appareillage
Marché suisse :
• horlogerie • médical  • connectique • appareillage


Hormis la question du manque de main-d’œuvre qualifiée, tous les indicateurs sont au beau fixe pour les décolleteurs suisses.
Focus sur deux entreprises visitées à cette occasion : Polydec, qui fabrique de très petites pièces décolletées de haute précision, et L. Klein, spécialisée dans le stockage d’aciers fins et de métaux.
Pour illustrer la bonne santé du décolletage suisse, il suffit de se rendre Chemin du Long-Champ à Bienne où les usines se succèdent. Signe de leur croissance, elles ont toutes des projets d’extension de bâtiments.
« Quand nous nous sommes installés Chemin du Long-Champ à Bienne, nous étions la seule entreprise présente », souligne amusé Philippe Schiess, dirigeant avec son frère de la société L. Klein SA, spécialisée dans le stockage d’aciers fins et de métaux.
Depuis, les champs ont cédé la place aux usines que L. Klein fournit en matière première. C’est ainsi le cas de Polydec SA, qui fabrique de très petites pièces décolletées de haute précision, de MPS Micro Precision Systems AG (groupe Faulhaber), qui produit des solutions micromécaniques sur mesure et du fabricant d’outils de coupe en métal dur BT Bienne (groupe Diametal).
« L’industrie est l’ADN de notre région », déclare Gilbert Hürsh, directeur de la Chambre d’économie publique de Bienne-Seeland. Le secteur secondaire compte 16000 employés dans la région et pour 35% de la valeur ajoutée brute nominale contre 25% au niveau national. De fait, l’Arc jurassien regroupe la moitié des entreprises de décolletage installées en Suisse. Elles se sont développées dans la micromécanique de précision au service de tous les secteurs : l’horlogerie d’abord mais aussi le médical, l’automobile, l’aéronautique et l’aérospatiale, la connectique, etc.
Pour Dominique Lauener, président de l’AFDT, le décolletage suisse, qui exporte 60% de sa production, a de nombreux atouts : formation de qualité, collaborateurs qui ont un biotope technologique remarquable, bonnes machines et matières premières, huiles, outillage de qualité, traitements de surface performants et surtout une productivité élevée. « La Suisse a une productivité supérieure de 30% à celle des pays asiatiques, souligne-t-il. C’est ce qui nous sauve face aux salaires élevés et au franc fort ».
Les décolleteurs suisses ont toutefois un défi de taille à relever pour le futur : trouver une main-d’œuvre qualifiée de micro-techniciens. « L’année dernière, 100 places d’apprentissage sont restées vacantes dans le secteur de la mécanique de précision pour la seule région de Bienne-Seeland », déclare Gilbert Hürsch. Comme en France, attirer les jeunes vers ces métiers demeure crucial.

Isabelle Verdier


Polydec SA, un acteur majeur du micro-décolletage

Créée en 1985 par les frères Konrad, la société Polydec SA est devenue un fournisseur majeur sur le marché mondial du micro-décolletage.
Elle produit chaque année pas loin d’un demi-milliard de pièces dans de petits diamètres compris entre 0,05 et 4,00 mm pour une longueur maximum de 50,00 mm.
Pour cela, la société utilise deux types de machines : des décolleteuses de type « Escomatic » pour des pièces aux fomes simples et des tours automatiques CNC à poupée mobile pour des pièces aux formes complexes.
Les principaux secteurs concernés sont l’instrumentation automobile (grands volumes), la haute horlogerie et l’électronique en moyennes séries et le médical en quantités plus confidentielles.
La société compte aujourd’hui 70 collaborateurs qui occupent la moitié d’un bâtiment de 10 000 m². « Notre point fort pour nos clients c’est d’avoir les échantillons de toutes les séries produites depuis le début grâce à un ERP que nous avons développé en interne », souligne son directeur Claude Konrad. Pour continuer son développement l’entreprise devra relever trois challenges, poursuit-il : « recruter des collaborateurs qualifiés, développer des machines spéciales pour produire des prototypes et réduire les coûts de fabrication ».


L.Klein SA, le stockiste de référence d’aciers fins et de métaux

Créée en 1946 par Léon Klein, la société L.Klein SA s’est spécialisée dès les débuts dans le stockage et la vente d’aciers fins et de métaux haut de gamme. Aujourd’hui dirigée par deux frères, Philippe et Olivier Schiess, elle poursuit sur cette lancée en proposant à ses clients près de 4000 articles en stock avec plus de 50 nuances de métaux différents et plus de 2000 tonnes en barres et torches dans des dimensions allant de 0,1 mm à 25 mm. La société achète du haut de gamme auprès de fournisseurs de qualité comme les Allemands ZAPP Medical Alloys (tréfilerie), BGH Edelstahl (producteur d’aciers inoxydables refondus), Grieshaber Schwarzwaldstahl (producteur d’aciers de décolletage), l’Américain Carpenter (producteur spécialisé d’alliages inoxydables) ou le Français Le Bronze (producteur d’alliage cuivreux).
« Notre atout c’est d’avoir une vaste gamme de produits de qualité », souligne Philippe Schiess. De fait, la société a une rotation d’environ 60 t/mois avec 1200 commandes mensuelles. Elle fournit les principaux décolleteurs suisses (65% de son chiffre d’affaires est réalisé en Suisse), mais aussi les décolleteurs de la vallée de l’Arve via notamment le distributeur Dépéry Dufour basé à Scionzier. « Nous le livrons une fois par semaine », explique Philippe Schiess.
La société compte 17 collaborateurs et entend rester à taille humaine. Un principe qui va de pair avec une philosophie de l’environnement appliquée à l’entreprise : tous les bâtiments sont en bois, l’eau est récupérée et les véhicules sont électriques.