« La Vallée en danger » : les décolleteurs tirent la sonnette d’alarme

De gauche à droite, Lionel Baud, président du SNDEC, Guy Métral, président de la CCI 74, Jean-Luc Raunicher, président du Medef 74 et Gilles Mollard, président de la CSM 74.

Lors d’un rendez-vous organisé en urgence avec le préfet de Haute-Savoie lundi 11 mai, les différents représentants du patronat ont exprimé leurs inquiétudes sur la crise sans précédent qu’ils traversent et réclamé un soutien inédit de l’État. Explications.

À l’heure du déconfinement et de l’euphorie toute relative qui a envahi les Haut-Savoyards lundi 11 mai, l’atmosphère était tout autre en préfecture où un rendez-vous de dernière minute avait été organisé durant le week-end avec le préfet Pierre Lambert. « Inquiets », « préoccupés », sont les mots exprimés par les représentants du patronat et notamment du décolletage, venus en force, pour exprimer au représentant de l’État leur désarroi.

1/ Une baisse d’activité inédite

Certes, les machines n’ont presque jamais cessé de tourner en Vallée de l’Arve. Deux semaines seulement après l’annonce du confinement, mesures sanitaires en place, les chaînes de production redémarraient pour de nombreuses entreprises. « Mais la reprise n’est pas là. Chaque semaine, nous atteignons difficilement les 30% d’activité et cela n’est pas près de s’améliorer », déplore Lionel Baud, le président du Syndicat national du Décolletage (SNDEC), patron de Baud Industries. La filière, durement impactée, a d’ores et déjà estimé les dégâts : 35% de chiffres d’affaires en moins pour l’année 2020. Une perte qui se compte en millions d’euros.

2/ De sérieuses craintes pour l’emploi

À l’échelle départementale, c’est donc le décolletage – et plus largement l’industrie métallurgique et mécanique- qui encaisse les coups les plus durs. L’explication est simple: 80% de leur chiffre d’affaires repose sur l’aéronautique et l’automobile, deux filières frappées de plein fouet par la crise actuelle. « Il va nous falloir entre 24 et 36 mois pour amorcer une véritable reprise », pointe Lionel Baud. Carnets de commandes au plus bas, les chefs d’entreprise craignent de lourdes répercussions sur l’emploi. « La situation est extrêmement fragile », s’alarme ainsi Jean-Luc Raunicher, à la tête du Medef 74. « Les dispositifs d’aides mis en place par l’État nous ont permis de résister jusqu’à présent. Mais qu’en sera-t-il demain? Comment conserver notre personnel et nos compétences ? »

3/ Des aides spécifiques réclamées

Les quatre représentants ont esquissé plusieurs demandes auprès du préfet. En premier lieu: la poursuite des dispositifs d’aides exceptionnelles mis en place par l’État et la Région et notamment la prise en charge du chômage partiel. Mais surtout: la mise sur pied d’un plan de soutien inédit et spécifique avec plusieurs leviers, notamment sur les taxes de production qui pèsent lourdement sur le décolletage. « La Vallée est en danger. C’est le seul moyen pour nous d’être à nouveau compétitifs et d’aller chercher de nouveaux marchés », exhorte Lionel Baud.

JULIA CHIVET

  • Un rendez-vous à Bercy prochainement?

C’est la promesse faite par le préfet de Haute-Savoie Pierre Lambert à l’issue du rendez-vous avec le patronat lundi 11mai. Un rendez-vous avec les services de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, devrait avoir lieu dans les prochaines semaines. L’occasion pour Lionel Baud, président du SNDEC, de revenir sur «les spécificités de la filière» et ce d’autant plus durant cette crise. Le sujet avait déjà été évoqué lors de la dernière venue du ministre en Haute-Savoie, en février dernier, au siège de l’entreprise Maped à Argonay.

  • « Une crise bien pire qu’en 2008 »

Les chefs d’entreprise du décolletage n’ont aujourd’hui aucune visibilité sur la reprise de leurs commandes et de leur production. Et pour cause: tout ou presque (80% de leur chiffre d’affaires) repose sur l’automobile et l’aéronautique. « Et le troisième pilier, que sont les biens d’équipements, est également durement touché avec une consommation qui n’est pas près de repartir », souligne Lionel Baud, président du Syndicat national du décolletage.

Et l’industriel de rappeler le contexte tout particulier de l’avant crise du coronavirus : « Nous étions en pleine transformation du secteur automobile et en train de nous adapter à ces mutations. (…) Nous avions aussi commencé à nous diversifier avec d’importants investissements menés en direction de l’aéronautique. » Or, l’avenir des deux filières est des plus incertain à l’heure actuelle.

« Une crise structurelle »

Par ailleurs, la part des exportations risque de s’amoindrir pour le décolletage. « C’est 60% de notre activité. En 2008, nous avions encore des clients français. Cette crise est bien pire », note-t-il. À l’époque, tous savaient aussi que la crise financière serait passagère. « C’est bien là toute la différence », remarque Jean-Luc Raunicher, président du Medef 74. « Il ne s’agit pas d’une crise conjoncturelle mais bien structurelle. La filière va devoir s’adapter, se reconvertir et nous avons plus que jamais besoin d’être aidés dans ce mouvement. »