Khalid Ishaque, directeur général de Pixium Vision

Khalid Ishaque © Pixium Vision

« Les startups medtech françaises manquent de financements pour franchir les phases de croissance »

A la tête de la société Pixium Vision, une start-up française qui a développé des systèmes de vision bionique innovants, Khalid Ishaque explique quels sont les freins et les atouts en France des startups du secteur des technologies médicales.


Biographie

Khalid Ishaque a plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des technologies médicales.
Il a rejoint Pixium Vision en 2014 après avoir passé 17 ans chez Boston Scientific Corporation. Il y a occupé plusieurs fonctions, dont celle de directeur des opérations commerciales et marketing de la franchise Neuromodulation (pour traiter la douleur chronique et les troubles du mouvement comme la maladie de Parkinson).
Il est diplômé en ingénierie du Cranfield Institute of Technology du Royaume-Uni et en économie et management international de l’école SDA Bocconi en Italie.


Pouvez-vous nous présenter votre société ?

Créée en 2012 en France, Pixium Vision est la seule entreprise aujourd’hui à avoir développé deux systèmes de vision bionique rétiniens pour lutter contre deux types de maladies : la rétinite pigmentaire et la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge).
Notre société, qui compte 37 personnes, ne réalise pas encore de chiffre d’affaires car nous avons obtenu seulement en juillet dernier l’approbation par un organisme notifié européen CE de mise sur le marché de notre premier produit IRIS II. Cela ne nous empêche pas de travailler pour le processus de fabrication avec plusieurs sociétés innovantes du secteur Medtech comme par exemple LivaNova concernant notre première technologie (lutte contre la rétinite pigmentaire).

Quels sont les atouts et les freins au développement de startups françaises dans le domaine des Medtech ?
Si l’on commence par les atouts, on peut considérer qu’il existe en France un réseau extraordinaire de chercheurs et ingénieurs biomédicaux qui sont encouragés par différents dispositifs (crédit impôt recherche, etc.). C’est ainsi en France qu’ont été développées avec succès les valves cardiaques aortiques percutanées, le système de cœur artificiel Carmat et le robot chirurgical Medtech. Mais après le stade des essais, il y a besoin de « big money », des financements importants que ne veulent pas débourser seuls les banquiers et les sociétés de capital risque. Du coup, ces startups se font racheter par des grands groupes internationaux. Cela a été le cas par exemple pour Corevalve et Medtech.

Quelles sont alors les solutions ?

Il faut que le système de santé soit considéré comme un « business » et non plus seulement comme une source de « dépenses ». Le secteur des technologies médicales est porteur d’avenir dans ce sens, d’autant qu’il répond à des besoins grandissants liés au vieillissement de la population. Il existe également certains dispositifs qui ont été mis en place avec succès pour aider au développement de sociétés innovantes comme les crédits d’impôts, les abattements fiscaux, les fonds d’amorçage, ou le « forfait innovation ». La loi Macron votée sous le quinquennat précédent pour attirer les talents internationaux allait dans le bon sens. Nous espérons que le nouveau président élu poursuive dans cette voie. Il faut également raisonner à l’échelle européenne pour créer des champions mondiaux. Enfin, il faut instaurer un dialogue entre les startups et les autorités sanitaires françaises. Ces dernières restent dans leurs attentes méthodologiques de risque zéro, qui sont idéalistes. Il y a également une mentalité de « bunker » par rapport à l’innovation disruptive, au contraire des autorités américaines ou britanniques. Avec ces dernières, des échanges très constructifs et fluides ont lieu, ce qui permet de faire avancer les dossiers dans le bon sens et d’obtenir beaucoup plus rapidement les homologations nécessaires.

Entretien réalisé par Isabelle Verdier