Comment les décolleteurs gèrent la reprise

Alors que c’est l’heure de la reprise dans les usines de la Vallée avec des mesures sanitaires adaptées mises en place pour éviter toute contamination liée au Covid-19, c’est aussi le moment de surmonter la crise économique qui arrive. Le point avec le pôle Mont-Blanc Industries et deux dirigeants adhérents du pôle qui témoignent : Grégory Challamel (Bosch Marignier) et Didier Lathuille (Lathuille Hudry).

Un niveau d’activité qui s’améliore nettement par rapport à début avril (53,3% des entreprises : +5,1%), mais des perspectives à trois semaines qui se détériorent sensiblement (-18,3% : -2,9%). C’est le premier constat de la cinquième vague d’enquête réalisée du 4 au 6 mai dernier par le pôle Mont-Blanc Industries auprès de ses adhérents dans le cadre de l’Observatoire de la santé des entreprises mis en place par le pôle en partenariat avec le cabinet Infusion, la Fondation de l’Université Savoie Mont-Blanc et Thésame (Lab Peak).

Grâce aux mesures de préventions économiques mises en œuvre par les décolleteurs : chômage partiel, arrêt de l’intérim, ruptures conventionnelles, la trésorerie des entreprises s’améliore très nettement. Elles ne sont plus que 24,6% à déclarer toujours une trésorerie difficile alors qu’elles étaient près de 40% lors de la 1ère vague de l’enquête.

La contrainte majeure reste et demeure l’insuffisance de la demande pour 85% des dirigeants sondés, alors que les autres contraintes pesant sur la capacité de production diminuent ou restent stables : mesures de sécurité sanitaires, risque juridique, manque d’équipements et notamment de masques, manque de personnel ou encore les contraintes financières.

Un point confirmé par Grégory Challamel, directeur du site de Bosch Marignier et Didier Lathuille, dirigeant de Lathuille Hudry lors d’un webinaire organisé le 12 mai par Mont-Blanc Industries. « Nous prévoyons une baisse des commandes de l’ordre de 20% jusqu’à la fin de l’année, souligne Didier Lathuille. Pour éviter de remettre en cause l’organisation de la société, nous faisons des plannings à 15 jours pour s’adapter en permanence à la demande », ajoute-t-il.

De son côté, Bosch Marignier, qui avait arrêté sa production le 16 mars, a redémarré le 4 mai avec 30% des effectifs sur le site, 20% en télétravail et le reste en activité partielle. « Nous nous sommes préparés dès le 18 mars à répondre de façon agile à une reprise progressive de l’activité, déclare Grégory Challamel. Dix axes de travail avec des mesures sanitaires très précises ont été mis en place en collaboration avec nos équipes et le CSE (port de masques pour tout le monde et port de gants pour toute manipulation d’objets partagés, etc.) et communiquées largement », ajoute-t-il.

Ces deux dirigeants soulignent l’importance de la communication et de la transparence auprès de leurs salariés pour sortir de la crise. « Notre leadership se mesurera dans les années à venir à l’épreuve du Covid-19 avec l’idée d’aller vers toujours plus de transparence dans l’information, déclare Grégory Challamel. Cette crise sera un repère temporel collectif pour l’avenir ».

Même constat pour Didier Lathuille : « cette crise nous a amené à mieux gérer notre communication interne en expliquant à nos salariés les changements de règles. Elle a rapproché le CSE des encadrants et a montré que le personnel était très attaché à l’entreprise ». Signe de cette coopération : lorsque Lathuille Hudry a repris le 11 mai le rythme de travail en 2×8, trois salariés se sont portés volontaires pour désinfecter tous les équipements entre les deux équipes. Il reste cependant pour Didier Lathuille une difficulté majeure à régler : comment revenir à 40 personnes sur le site de production avec les contraintes liées aux mesures de protection sanitaire ? A l’heure actuelle, le nombre possible reste limité à 25 personnes.

Isabelle Verdier